Le Président Bassirou Diomaye Faye vient de remporter une bataille politique majeure avec calme, méthode et hauteur républicaine, sans se laisser entraîner dans cette poussière militante où le populisme pastéfien aime traîner les institutions pour les épuiser.
Le 9 juillet 2026, le Conseil constitutionnel a rendu sa décision n°6/C/2026 et déclaré contraire à la Constitution la loi n°18/2026 portant révision constitutionnelle, adoptée par l’Assemblée nationale le 29 juin 2026. Le sens politique de cette décision dépasse largement le contentieux juridique. Les sages n’ont pas seulement sanctionné une procédure viciée. Ils ont interrompu une tentative de capture institutionnelle maquillée en respiration démocratique. Le populisme voulait retailler la Constitution à la mesure de ses frustrations. La République lui a retiré les ciseaux des mains.
La manœuvre portait la marque classique des pouvoirs nerveux : un peu de droit en surface, beaucoup de calcul dessous. Il s’agissait d’affaiblir l’autorité présidentielle, de renforcer un centre parlementaire acquis à l’appareil et de présenter cette torsion comme une avancée républicaine. Voilà la grande trouvaille du populisme pastéfien lorsque le réel cesse de lui obéir. Il ne produit pas mieux, il verrouille autrement. Il ne réforme pas l’économie, il trafique les leviers. Quand la compétence lui manque, il écrit des amendements ; quand l’État exige de la rigueur, il ouvre une boutique constitutionnelle avec rideau patriotique et caisse partisane. La solennité du vocabulaire ne change rien à la pauvreté de l’opération.
La force de Diomaye tient précisément à cette manière sobre de replacer le conflit au niveau de l’État. Le populisme voulait une bataille de voix, il a rencontré la procédure ; il cherchait une scène bruyante, il s’est heurté à l’institution. Cette retenue est une maîtrise. Elle montre qu’un Président n’a pas besoin de hausser le ton pour imposer la gravité républicaine. L’autorité n’est pas toujours dans le spectaculaire. Elle peut tenir dans la signature juste, dans le recours nécessaire et dans la confiance accordée aux institutions. Diomaye a laissé les sages parler, et leur verdict a davantage abîmé le théâtre populiste que toutes les colères de tribune.
Ce revers dévoile le visage ordinaire du populisme pastéfien lorsqu’il descend des estrades et découvre les couloirs du pouvoir. Il avait promis la vertu, mais se passionne désormais pour les postes. Il avait juré la rupture, mais apprend vite les réflexes de l’occupation. Il avait dénoncé les privilèges, mais trouve finalement les fauteuils assez confortables. Sous cette emprise, l’Assemblée nationale risque de devenir moins un lieu de contrôle démocratique qu’une salle de garde politique, où le mandat populaire sert à encercler le Président plutôt qu’à améliorer l’action publique. Les nominations se multiplient, les charges gonflent et les positions s’empilent. La morale de meeting se dissout dans la comptabilité du pouvoir. Le populisme aime parler des pauvres tant qu’il n’a pas trouvé la clé du bureau ; dès qu’il l’obtient, il demande une voiture et une ligne budgétaire.
C’est ici que l’ironie devient cruelle. Ceux qui voulaient moraliser l’État semblent surtout pressés d’en occuper les prises électriques. Ceux qui dénonçaient l’ancien système en reproduisent les réflexes avec moins de retenue et davantage de sermon. Ceux qui promettaient une République purifiée découvrent les délices très terrestres de l’appareil. Le populisme pastéfien n’a pas aboli les vieux travers ; il leur a donné un nouveau vocabulaire. Il appelle rupture ce qui ressemble à une installation, souveraineté ce qui ressemble à une prise et démocratie ce qui ressemble à une tension organisée. L’habit est neuf, mais le vieux corps partisan respire dessous.
Pendant que cette comédie parlementaire s’agite dans ses décors, Diomaye avance sur un terrain autrement plus sérieux : la dette, le FMI, la crédibilité budgétaire et la qualité de l’information financière. Le Sénégal sort d’une période de brouillard économique où l’agitation a abîmé la confiance et rendu plus coûteuse la conduite de l’État. Dans un pays sous contrainte, la première des ruptures n’est pas de crier plus fort ; elle consiste à remettre de l’ordre dans les chiffres, dans les procédures et dans les engagements. Il faut reconstruire les marges, sécuriser les données et rendre à la parole publique sa lisibilité. C’est moins spectaculaire qu’une séance parlementaire enfiévrée, mais c’est là que se joue l’avenir national. Le populisme fabrique du bruit pour masquer le vide. L’État responsable reconstruit des équilibres pour rouvrir l’avenir.
La ligne de fracture est désormais nette entre un Président qui commence à imposer une grammaire d’État fondée sur la procédure, la crédibilité et le résultat, et un populisme pastéfien qui cherche refuge dans les couloirs parlementaires pour survivre à son propre essoufflement. Le premier tente de remettre l’économie sur une trajectoire lisible. Le second produit du conflit comme d’autres produisent des rapports. Le premier travaille sur les instruments du redressement. Le second polit les verrous de la revanche. Le contraste devient sévère : Diomaye gouverne le réel, pendant que le populisme pastéfien commente son naufrage avec la gravité d’un capitaine qui découvre la mer après avoir vendu des cartes.
Il faut maintenant pousser la clarification jusqu’au bout. Si l’Assemblée nationale persiste à se comporter comme une citadelle partisane contre l’équilibre républicain, la dissolution deviendra une option démocratique sérieuse. Elle ne serait pas une fuite, mais une remise à plat. Une Assemblée contrôle l’action publique ; elle ne transforme pas la Constitution en béquille d’ambition blessée. Elle vote la loi ; elle ne fabrique pas une chambre de contention contre le Président de la République. Quand une majorité utilise sa force pour installer une tension permanente au sommet de l’État, le peuple doit pouvoir trancher. Le suffrage universel vaut mieux que les petites serrures de couloir.
Mais la victoire institutionnelle ne suffira pas. Diomaye peut dompter le populisme par le droit, mais il ne l’éteindra que par les résultats. La décision du Conseil constitutionnel ferme un théâtre ; elle ne crée pas encore un emploi, ne répare pas une école et ne modernise pas une ferme. La vraie bataille commence maintenant. Il faudra transformer l’autorité retrouvée en croissance utile, en services publics visibles et en trajectoires productives pour les jeunes. Le populisme meurt lorsque l’État livre mieux que lui ne promet. Il recule lorsque le citoyen voit la preuve dans sa vie. Diomaye vient de ramener le populisme pastéfien à sa taille réelle. Il lui reste à prouver que l’État sénégalais peut devenir une machine de résultats. C’est ainsi que la porte du populisme se refermera durablement : non dans le vacarme, mais dans la preuve.
Dr Abdourahmane Ba
Président Think Tank FOYRE
Expert en Évaluation des Politiques Publiques, Evidence, Management et Stratégie de Développement




























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